Pendant le Nouvel Empire...

 

Les sources de documentation sont nombreuses et nous pouvons dire que le Nouvel Empire est la période la mieux connue de l'histoire pharaonique. Nous disposons de documents écrits (inscriptions, textes), iconographiques et archéologiques. Cependant, chacune de ces sources est grevée de restrictions pour y trouver les renseignements concernant le statut de la femme.

En ce qui concerne les textes (didactiques, poésie, récits, lettres), il faut se rappeler que seuls 1 à 4 % de la population ( en gros, la classe des scribes) savaient lire (selon J. Baines, 1983). De plus, l'instruction était surtout accessible aux garçons et généralement à ceux issus des classes plutôt aisées. Donc, les femmes et les membres des classes moyennes et inférieures étaient illettrés. Cependant, il y avait des stades intermédiaires entre l'analphabétisme et le lettrisme: certains pouvaient plus ou moins comprendre le sens d'un message sans pouvoir écrire, d'autres pouvaient écrire un message simple... Dans ce groupe, on trouvait des femmes et des artisans. A Deir el-Medineh, village des artisans qui creusèrent les tombes de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines, on a retrouvé 470 lettres dont 14% sont écrites par des femmes ou leur sont destinées. Il est encore possible que ces lettres plus féminines aient été écrites ou lues par des hommes.

Les témoignages iconographiques sont, eux aussi, sujets à caution. Ils sont généralement issus de tombes mais ce contexte funéraire est probablement idéalisé et donc, il faut rester prudent dans l'interprétation des scènes de la vie quotidienne. Ceci d'autant plus que seuls les membres des classes supérieures pouvaient s'offrir des tombes décorées!

Les données archéologiques à proprement parler sont intéressantes car elles fournissent directement des renseignements sur la vie domestique d'une maisonnée. Les textes sont peu parlants à ce propos.

La majorité des renseignements que nous possédons sur la vie quotidienne au Nouvel Empire provient de Deir el-Medineh: trouvailles archéologiques, textes, ostraca...Bien sûr, ce village est exceptionnel par son degré d'alphabétisation mais peu de fouilles concernent des villages ruraux. La vie quotidienne publique et privée devait être assez similaire à celle d'autres communautés villageoises. Aussi, pour décrire le statut de la Femme au fil de sa vie, nous choisirons ce village et cette époque...nous y suivrons une Egyptienne, de la naissance à la mort...

L'organisation de la famille reste assez similaire à ce qu'elle était au Moyen Empire, tant pour l'élite que pour les couches moins favorisées de la société. La cellule familiale garde toute son importance et on trouve toujours des statues de couple où l'homme et la femme, côte à côte, ébauchent un geste tendre.

 

Sennefer (maire de Thèbes), sa femme Senetnai et leur fille Moutnefret

(XVIIIe dynastie, vers 1410av.JC)

(Musée du Caire)

Iny (gardien de la nécropole à l'Ouest de Thèbes), sa femme Tjenetimentet et leur fille.
(XIXe dynastie, vers 1250 av.JC.)

(Musée du Caire)

Statuette du couple Amenemipet ( scribe royal et chef des artisans de la Place de Vérité. Deir el-Médineh) et de sa femme Hathor.
Bois. XIXe dynastie.

(Musée égyptien de Berlin)

 

L'habillement subit un changement. Du moins, dans les couches sociales aisées, les femmes ne portent plus la robe étroite mais plutôt des modèles plus amples bien que moulant souvent le buste, descendant jusqu'au sol et munis de manches courtes ou longues. De savants plissés et des franges agrémentent fréquemment ce vêtement.

Dame Henoutnakhtou. Bois peint et doré.
(fin de la XVIIIe dynastie, vers 1300 av.JC).

Musée du Caire

Cette dame porte une robe en lin plissée.

 


"Le (modèle) le plus répandu était une sorte de longue tunique fluide, évoquant un sari, en lin plissé, drapée autour du corps et nouée sous les seins, à la manière des robes de style Empire. De larges manches finement plissées descendaient jusqu'aux coudes. Le fourreau, plus ancien, se portait désormais agrémenté d'une courte tunique transparente."

(texte extrait de Joyce Tyldesley)

L'illustration montre une femme en prière, dans un geste d'adoration. XVIIIe dynastie (vers 1320 av.JC). Musée du Caire.

Les toiles utilisées sont tellement fines et transparentes qu'elles ne cachent pas grand chose de l'anatomie sous-jacente.

De nombreux bijoux, de pacotille ou de valeur selon les moyens, toujours très colorés mettaient en valeur la blancheur du vêtement. Celui-ci était généralement en lin: le coton et la soie ne furent introduits que tardivement (sous les Grecs et les Romains), tandis que la laine était peu utilisée. Pourtant, les moutons étaient nombreux. Hérodote, appuyé par Plutarque, pensait qu'il s'agissait d'un interdit religieux. Il semble plutôt que ces moutons n'aient pas fourni une laine de très bonne qualité. En tout cas, on n'a jamais trouvé d'interdiction à ce propos et il n'est pas impossible que des habits de laine aient quand même existé.
Les pieds étaient chaussés de sandales en cuir ou en papyrus.

Sandale en cuir.
(XVIIIe-XXe dynasties)

Musée du Louvre

Il faut remarquer que la nudité n'était pas choquante en Egypte Ancienne et particulièrement, pendant le Nouvel Empire, on représenta certains travailleurs sans vêtements qui pourraient les gêner: des pêcheurs, par exemple. Il en est de même pour les danseuses ou les acrobates qui ne portaient qu'une large ceinture ou une jupe courte évasée, avec parfois de fines bretelles.

 

Danseuse acrobatique. Croquis découvert sur un ostracon à Deir el-Medineh.
Probablement XIXe dynastie (vers 1300 av.JC).

(Museo Egizio, Turin)

Il existait aussi une sorte de convention: les gens de condition modeste étaient souvent représentés dans une quasi nudité (les servantes entre autres). Par contre, l'élégance vestimentaire des personnes aisées était un critère de niveau social.

En ce qui concerne la coiffure, la perruque est toujours de règle mais presque toutes ont des nattes tressées dont les bouts, tordus ensemble, forment une grange. Elles sont ornées de bandeaux, de bijoux, de fleurs (notamment de lotus).
Fréquemment, on observe un curieux cône, posé en équilibre sur le sommet de la tête. Il était constitué d'une pommade parfumée qui fondait à la chaleur et diffusait une odeur agréable.

Pleureuse portant une robe moulante en lin blanc, la perruque frangée et le cône parfumé.

Papyrus

(Musée du Caire)

 Perruque montrant les tresses nattées en frange, recouverte d'une coiffe  (reconstituée) comportant 450 éléments en or. Ceux-ci ont la forme de rosettes incrustées de cornaline, de pâte de verre turquoise et transparente.

XVIIIe dynastie (vers 1482-1450 av.JC).

(Metropolitan Museum of Art)

 

Parmi les titres portés par les femmes au Nouvel Empire, on ne trouve plus celui de "dame d'honneur unique" mais bien celui de "dame d'honneur" qui est attribué à des femmes ou des filles de hauts fonctionnaires. On rencontre aussi le titre de "grande dame d'honneur" (khekeret nesu weret). Un autre titre particulièrement important est celui de "nourrice du roi" ( menat nesu). Ces femmes sont connues essentiellement par les monuments de leur époux ou de leur fils. Il est certain que cette fonction, très proche de la famille royale, fait retomber les faveurs du pharaon sur tous les proches: avancement rapide des éléments masculins dans la bureaucratie car les propres enfants de la nourrice sont des frères de lait du futur pharaon et ont été très proches de celui-ci pendant toute leur enfance. Ainsi, Senetnai, épouse de Sennefer (maire de Thèbes) était la nourrice du futur Thoutmosis IV, à la cour d'Aménophis II (voir la statue du couple ci-dessus).

Les fonctions administratives exercées par les femmes restent peu nombreuses à cette époque. Le terme seshet se rencontre occasionnellement et semble être le féminin de sesh, signifiant "scribe" mais cela ne veut pas dire nécessairement que ces femmes-scribes aient été employées dans la bureaucratie étatique. Elles ont probablement plutôt exercé dans des grandes maisons privées ou dans la maison royale. On peut penser qu'il s'agit de filles issues de familles lettrées et dans lesquelles les mères passaient leurs connaissances à leurs filles. Dans quelques scènes du Nouvel Empire, on peut voir des femmes représentées avec le matériel de scribe en-dessous de leur chaise. Mais, en général, elles sont assises à côté de leur mari ou de leur fils et on ne sait pas à qui appartient réellement l'équipement !

Que peut-on dire de l'alphabétisation des femmes de couches sociales moins élevées ? On a dit un peu rapidement, qu'elles étaient illettrées.

Si les femmes ne pouvaient pas exercer elles-mêmes des tâches administratives pour l'Etat, elles pouvaient participer à celles de leur mari (dans certains cas). Dans un document de la XXe dynastie, on rapporte que la collection des taxes, sous forme de grain, était faite au Sud de Thèbes, par le scribe Nesamenemipet et sa femme, la musicienne d'Amon, Henouttawy. Dans certains cas, le scribe étant occupé par une autre tâche, sa femme le remplaçait. On possède une lettre de Henouttawy adressée à son mari, concernant la survenue de certains problèmes:

Nesamenemipet devait réceptionner un chargement de grains destiné aux travailleurs de Deir el-Medineh, lorsqu'il fut appelé pour un voyage officiel. Or, les denrées dues aux artisans devaient être livrées à temps sous peine de rencontrer de gros problèmes. Le scribe confia donc à sa femme cette tâche. Elle vérifia elle-même la cargaison des bateaux et constata une erreur. Elle mena son enquête, trouva les responsables et fit livrer les rations alimentaires à temps.

Elle restait en-dehors de la structure bureaucratique étatique et n'avait de l'autorité qu'au nom de son mari. S'il perdait son emploi ou mourait, elle perdait immédiatement toute autorité. Plusieurs cas similaires sont connus.

En-dehors de l'administration, les charges féminines restent les mêmes qu'aux époques précédentes: moudre le grain et cuire le pain, filer et tisser, faire de la musique et de la danse...

Les femmes peuvent posséder ou louer une terre et la cultiver. On possède un relevé de la production de grains sur des terres appartenant à l'état mais louées à bail (papyrus Wilbur, sous Ramsès V) et on peut constater qu'environ 10-11% des locataires sont des femmes. On ne sait pas si elles travaillaient elles-mêmes la terre ou si elles employaient un agriculteur pour le faire. Dans certains cas, au contraire, on voit qu'un locataire utilisait une femme pour travailler le terrain.

En ce qui concerne le tissage, on commence à voir des hommes travaillant sur des métiers verticaux alors qu'auparavant, les métiers étaient horizontaux et qu'on y voyait essentiellement des femmes. Les scènes de filage et de tissage étaient rarement représentées à cette époque mais dans une tombe de l'époque ramesside, on voit des femmes et des hommes en train de tisser avec une femme travaillant à un métier vertical. Si les femmes étaient concernées par le tissage des tissus, elles ne participaient pas du tout  au travail de blanchisserie. Celui-ci était le propre des hommes notamment pour les villageois de Deir el-Medineh.

La musique jouait un rôle important dans le rituel des temples ainsi que dans les cérémonies funéraires mais probablement aussi dans les divertissements quotidiens. Initialement, la musique faisait partie intégrante des fêtes de sanctuaires puis des festivités mêlant le sacré et le profane. Dans les temples, on trouvait des chanteuses, des danseuses et des musiciennes, souvent issues des classes supérieures. La reine était la première chanteuse du royaume et elle chantait les textes sacrés lors des cérémonies rituelles. Toutes les prêtresses étaient initiées à la musique, la danse et le chant. Les musiciennes attachées à un temple portaient le titre de "shemayet" normalement suivi du nom de la divinité qu'elles servaient. A Thèbes, elles étaient attachées au culte d'Amon, ou à celui de sa parèdre Mout ou encore de la triade thébaine (Amon, Mout, Khonsou). Ces troupes de musiciennes étaient placées sous la responsabilité d'une "Supérieure de la troupe des musiciens", fonction fréquemment exercée par l'épouse d'un prêtre de haut rang ou d'un haut fonctionnaire. La musique était considérée comme un éveil de l'esprit, un cheminement vers la connaissance, un rapprochement du divin. L'instrument le plus caractéristique de ces musiciennes liées au culte était le sistre: sorte de hochet dans lequel passaient des tiges mobiles qui produisaient un son métallique quand on les secouaient. Le manche de l'instrument représentait souvent la déesse Hathor ("Maîtresse de la Musique") et initialement, le sistre n'était utilisé que dans le culte d'Hathor et d'Isis. Pour s'accompagner, les musiciennes faisaient aussi tinter les perles du collier menat qu'elles tenaient à la main et qui était un autre de leurs attributs. Pour compléter cet ensemble, un tambourin  et des castagnettes donnaient le rythme.

 

Le sistre, instrument rythmique, utilisé principalement dans le culte d'hathor et d'Isis. A la Basse Epoque, il apparaîtra dans le culte d'autres divinités.
(cliquez sur l'image)

Les castagnettes sont des instruments à percussion. En principe, elles sont reliées par un cordon comme le laisse supposer le petit trou à l'extrêmité de l'une d'elles. Leur son rappelle le claquement des mains, raison pour laquelle elles se terminent en forme de main humaine. La castagnette supérieure montre une décoration hathorique.
(cliquez sur l'image)

 

A gauche, collier "menat". XVIIIe dynastie. Il est constitué d'un lourd collier de perles en céramique  et relié par des cordons de perles de verre ou de pierre à un contrepoids en bronze. (cliquez sur l'image)

A droite, contrepoids en bronze provenant d'un collier "menat" de la XVIIIe dynastie. Il représente Hathor. (cliquez sur l'image)

 

Le nom de certaines de ces chanteuses nous est parvenu. Ainsi, Meryt, chanteuse d'Amon, épouse de Sennefer, maire de Thèbes. Elle est représentée dans le tombe de mari ( la célèbre "tombe des vignes") où elle joue un rôle important dans le processus de résurrection.
Dans la vie quotidienne, les femmes participaient aussi à la musique: lors de fêtes villageoises à l'occasion des naissances, des moissons ou des vendanges, par exemple, mais aussi dans des scènes de chasse (pour débusquer des oiseeaux par exemple, elles frappaient sur des tambourins). Au Nouvel Empire, la musique et la danse se font plus vives. Le plus souvent, les femmes accompagnent le chant à la harpe, au luth, à la flûte, à la clarinette.... La plupart des grandes maisons ont leur propre troupe de musiciens et danseuses. Des groupes de musiciens apparaissent dans les scènes de banquet des tombes pour divertir les invités. Parfois ces troupes sont entièrement féminines mais elles peuvent aussi être mixtes.

 

Une flûtiste joue...deux fillettes dansent à côté de cruches de vin décorées de guirlandes de fleurs...

Scène de banquet. Tombe de Nebamon (Thèbes).
XVIIIe dynastie (vers 1400 av.JC.)

(British Museum)

 

 

 

Cet orchestre de jeunes filles divertit les invités d'un banquet. Une flûtiste et une harpiste encadrent une danseuse qui s'accompagne d'un luth.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Tombe de Nakht (Thèbes).
XVIIIe dynastie (vers 1420 av.JC.)

 

La musique est aussi associée à la sexualité. Dans le Papyrus de Turin (dit "érotique"), une scène montre une prostituée se débarrassant promptement de sa lyre pour pouvoir se "consacrer" à son client.  Un dessin retrouvé dans une tombe du Nouvel Empire, montre une femme en train de faire l'amour sans lâcher pour autant son luth ! On peut en déduire que les prostituées utilisaient la musique et leur habileté artistique pour attirer le client.

Les "pleureuses"  sont des femmes dont le métier consiste à accompagner le cortège funéraire d'un défunt. Elles sont vêtues de lin blanc  ou bleu-gris, sans ornement, les seins nus. Elles se frappent la poitrine, se couvrent le corps de poussière, s'arrachent les cheveux, crient de douleur. Tout dans leur attitude, montre la plus grande affliction. Des fillettes accompagnent parfois leur mère: on les reconnait à leur petite taille et à leur nudité.
Deux des pleureuses sont plus importantes: elles représentent les djeryt (oiseaux) Isis et Nephtys . Selon la légende, toutes deux (soeurs d'Osiris) s'étaient transformées en oiseaux pour rechercher leur frère assassiné. Dans le cortège funéraire, elles marchent à côté du traîneau qui transporte le sarcophage et récitent des lamentations. Les pleureuses qui incarnent les deux déesses sont des initiées, vêtues d'une longue robe moulante et portant une perruque courte. Avant de jouer ces rôles, elles subissent un long processus de purification.

 

Pleureuses.
Scène peinte découverte dans le tombeau de Ramosé
(Thèbes). XVIIIe dynastie.

 

Les servantes sont nombreuses dans les palais, les temples et les maisons privées, au même titre que les serviteurs. Même des familles relativement modestes peuvent s'offrir les services d'une bonne qui effectue des taches ménagères. Les liens de ces servantes avec  les familles qui les emploient sont assez étroits et elles font vraiment partie de la maisonnée. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir un ménage de domestiques et ses enfants hébergés dans la maison des maîtres.

Deux petites servantes aident une dame occupée à sa toilette.

Tombeau de Djéserkaraseneb. Thèbes.
XVIIIe dynastie.

Les servantes peuvent commencer très jeunes leur travail et généralement, elles sont très peu vêtues comme le montre l'illustration ci-dessus.

L'existence d'esclaves a fait l'objet de nombreuses controverses  et des films hollywoodiens ont répandu l'idée d'une classe nombreuse de serves et de serfs maltraités. En fait, il y a bien eu en Egypte, un état de servitude obligée mais il n'avait rien de comparable avec l'esclavage rencontré chez les Grecs et les Romains. On peut distinguer plusieurs catégories dans ces "esclaves":
- en premier lieu, des étrangères, faisant partie d'un butin de guerre, célibataires ou accompagnant leurs époux prisonniers et que le Pharaon distribuait à des militaires ou à des fonctionnaires pour les récompenser.
- en deuxième lieu, des étrangères achetées à des marchands syriens qui recrutaient ces domestiques dans leur pays d'origine
- en troisième lieu, des délinquantes privées de liberté (condamnées de droit commun).
De ces trois catégories, les étrangères sont les mieux traitées. Elles sont quasiment intégrées aux membres de la famille qui les reçoit, ne sont jamais séparées de leurs enfants et jouissent d'une certaine liberté. Les propriétaires des serves peuvent les vendre ou les louer. Ils peuvent aussi les marier à un homme libre, leur permettant ainsi de s'affranchir et d'avoir des enfants qui seront des êtres libres. Ils ont aussi la possibilité de les adopter. Enfin, avec l'accord de leurs maîtres, les serves peuvent acquérir des biens. 

Comme conclut Christiane Desroches Noblecourt:

"Ces quelques exemples suffiront sans doute à montrer que la femme "esclave" de l'Egypte ancienne bénéficiait d'une condition peut-être même plus enviable que celle des "serves" de notre Moyen Age"

 

Une dernière forme de service contraint est la "corvée". Chaque Egyptien est un serviteur du roi et doit consacrer un certain nombre d'heures à des travaux publics (construction d'un monument, établissement de canaux d'irrigation...). Les femmes n'échappent pas à ce travail obligatoire . Si elles n'exécutent pas l'ouvrage demandé ou si elles s'enfuient, elles peuvent être écrouées à la Grande Prison, source de main d'oeuvre gratuite.

Sur le plan légal, il ne semble pas y avoir de modifications par rapport au Moyen Empire.
Les héritages sont également partagés entre les enfants mâles et féminins. On dispose de nombreux documents concernant ce sujet et surtout la relation de disputes entre héritiers ! Une femme peut posséder des biens et en disposer à sa guise. Elle a le droit de tester (elle exprime oralement ses volontés devant un tribunal local) et peut parfaitement déshériter certains de ses enfants si elle considère qu'ils ne s'occupent pas d'elle.
Devant la loi, la femme est l'égale de l'homme. Elle peut aller au tribunal comme plaignante, accusée ou témoin, sur un pied d'égalité avec les hommes. A la différence d'autres cultures, la présence d'un garant masculin n'est pas nécessaire. Les châtiments sont les mêmes pour les femmes que pour les hommes.
Dans les documents provenant de Deir el-Medineh, on peut constater que les femmes sont plus souvent citées comme accusées que comme plaignantes. On les accuse de vol, de non-paiement,  de vente de biens sans en avoir l'autorisation, de négligence d'un proche malade.... Mais en général, les femmes apparaissent peu dans ces documents, tant comme plaignantes que comme accusées, probablement parce qu'elles participent peu à des transactions économiques.
Le cas des veuves est un peu particulier. Cet état signifie manifestement une certaine vulnérabilité de la femme et dans de nombreux textes de sagesse, il est fait allusion à la protection de la veuve. Les femmes de milieux aisés assumaient plus facilement leur nouvelle condition. On raconte l'histoire d'une dame qui, après la mort de son mari, affranchit trois de ses "serfs", les adopta et en fit ses héritiers. Elle put accomplir ces actes sans procédure juridique particulière, sans tutelle masculine, simplement en présence de témoins. Les veuves de condition plus modeste rencontraient de grandes difficultés et vivaient souvent une vie retirée. De nombreuses inscriptions sur des stèles funéraires, démontrent que le fait de ménager la veuve était une action louable: " j'ai protégé la veuve", "je n'ai pas soumis la veuve"....

La prostitution existe au Nouvel Empire. On trouve des "filles de joie", khénémèt, dans les "maisons de la bière". Il semble que ce soient essentiellement des marchands syriens qui approvisionnent ces établissements en belles esclaves "babyloniennes". Le papyrus érotique de Turin montre, avec réalisme, leurs activités auprès des clients. Ce sont généralement des chanteuses et danseuses et leur corps est souvent tatoué (bassin, cuisses).

 

 

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