Pendant l'Ancien Empire...

 

A partir de cette période, les sources de renseignements se sont enrichies: nous disposons de documents hiéroglyphiques, en plus des représentations picturales.

 

 
        les hiéroglyphes sont nés

 

Pendant longtemps, on a pensé que les tombes prédynastiques et les premières dynastiques ne contenaient aucun écrit. Cette notion a été contredite par la découverte de la tombe de Khasekhemoui (IIe dynastie). On peut trouver des hiéroglyphes dans certaines tombes précoces.

Nous devons cependant garder à l'esprit que cette documentation est en partie "biaisée": en effet, la plupart des textes et des images proviennent des tombeaux d'une élite de la société égyptienne. Par contre, d'autres sources archéologiques, constituées par la découverte de tombes et d'habitations plus humbles, offrent des renseignements non filtrés sur la population de l'époque: on peut en déduire l'espérance de vie selon le sexe, l'activité physique, les maladies, l'alimentation... Ce sont souvent les seuls renseignements sur la vie de ceux qui n'appartenaient pas à la classe favorisée et pour lesquels on n'a que peu ou pas de documents écrits. Les objets trouvés dans ces tombes parlent aussi de leurs propriétaires et on peut tenter de déterminer lesquels sont fonction du sexe du défunt.

Un grand nombre de représentations d'êtres humains sont sexuées: on peut reconnaître un personnage en tant qu'élément masculin ou féminin, par des différences anatomiques mais aussi par la position de ces figures les unes par rapport aux autres, ou par leurs tailles relatives ou encore par leurs différences de couleur (visage souvent rose ou brun-rouge pour les hommes et plus clair pour les femmes). Les vêtements, les bijoux, les coiffures sont d'autres éléments d'identification du sexe.

Sur les parois des tombes, on trouve des scènes de la vie quotidienne et l'on peut constater que la femme jouit déjà d'une condition égalitaire. Ses droits terrestres se projettent dans l'au-delà: si, dans la vie terrestre, elle a droit à une part du patrimoine conjugal (fixée par le contrat de mariage), dans l'au-delà, elle a droit à être entretenue.

 

Ainsi dans le mastaba n°88 de Saqqara (IVe/Ve dynastie, environ 2475 av.JC), un bas-relief montre Houti (à gauche) et sa femme Ketisen (à droite). Les deux personnages sont de taille identique  et ceci indique que leur position sociale est équivalente.  Ketisen participe au repas funéraire et l'inscription traduit le discours que Houti tient à sa femme: il lui remet une quantité d'offrandes, peut-être en compensation de la dot qu'elle apporta lors du mariage et afin qu'elle en dispose après sa mort.

 

 

Un autre argument pour l'égalité sociale entre homme et femme à cette époque, est apporté par l'importance des représentations féminines dans l'art.

Dès les premières dynasties, les sculptures féminines égalent les masculines, tant en qualité qu'en taille.

 

Buste de femme , en bois partiellement peint, trouvé dans le mastaba n°36, à Saqqara
(IVe dynastie, vers 2500 av.JC).

Il représente la femme de Kaâper (" Cheikh el-Bled", le "maire du village").

Face au caractère énergique de la statue, on ressent une personnalité affirmée, capable de prendre des responsabilités et certainement pas soumise. Il faut remarquer qu'elle était contemporaine de Khentkaous, mère de roi, qui se fit ériger une pyramide à Giza et à Abousir !

 

Statues en calcite peint , trouvées à Saqqara. Elles datent du début de la Ve dynastie (2450 av.JC). La différenciation sexuelle ne fait aucun doute d'après l'habillement et la coiffure. Les vêtements sont typiques de l'Ancien Empire: pagne court et partiellement plissé pour l'homme, robe moulante descendant jusqu'aux pieds pour la femme. Les perruques sont aussi différentes: ronde et bouclée pour l'homme, faite de mèches tressées pour la femme. Il faut constater que les deux statues sont d'importance égale même si les attitudes sont un tout petit peu différentes.

 

Cette statue a été découverte dans le mastaba n°30, à Saqqara. Elle représente la famille de Chepsi (IIe dynastie, 2400 av.JC) (calcaire peint).

 

Chepsi était "juge et doyen du porche". Il est , ici, représenté, avec son épouse, Nikaouhathor, et son fils, Chepsipoudjed-nedjes. L'homme semble nettement plus grand que son épouse mais, en fait, sa femme représentée debout, est aussi grande que son époux assis! Un détail de la peinture est fort intéressant: Chepsi veut donner l'impression qu'il peut s'offrir une statue en granit rouge. Malheureusement, il doit se contenter d'une statue de calcaire et le granit est imité par de la peinture rouge ! Sa situation financière ne lui permettait pas de s'offrir le granit rouge!

 

Mais, nous devons constater qu'il n'en est pas toujours ainsi et que sur un certain nombre de sculptures, la taille de la femme est nettement inférieure à celle de son époux

 

Par exemple, dans le groupe familial d'Iroukaptah (Ve dynastie), sa femme a la même taille que son fils.
Par contre, on retrouve toujours un geste de tendresse:
elle étreint la jambe de son mari.

 

De même, sur un certain nombre de fresques funéraires, les femmes de rang supérieur sont présentes en fonction de leur lien avec le personnage masculin principal (épouse, fille). Il n'est pas rare qu'elles soient représentées à une échelle inférieure à celle de leur époux et un peu en retrait par rapport à lui.

 

On peut se demander si ces genres de représentation du couple traduisent réellement la relation qui existait entre les sexes et s'il est possible d'en déduire un rapport égalitaire ou non. Ils pourraient correspondre simplement à des conventions, du moins pour les classes aisées.

 

Par contre, dans les tombes de reines, on trouve des représentations de femmes seules, agissant à leur guise, indépendamment de leur mari.

 

Ainsi, la reine Merséankh III accompagnée de sa mère,
la reine Hétép-Hérès II, se promène en bateau.
(relief trouvé dans la tombe de la reine Merséankh III, à Gizeh.
IVe dynastie.)

 

Dans les tombeaux, on a trouvé nombre de statuettes qui montrent les femmes au travail. On a souvent pensé qu'il s'agissait de servantes mais dans les familles modestes, il est raisonnable de penser que la ménagère s'occupait elle-même de ces travaux. Ainsi, elle effectuait diverses tâches ménagères comme: moudre le grain, préparer le pain, brasser la bière, cuire le repas...Le ménage égyptien produisait lui-même à peu près tout ce dont il avait besoin.

 

Donc, les femmes exerçaient diverses activités dans l'agriculture (battre le blé, vanner), l'artisanat et le ménage tandis que les hommes s'occupaient plus particulièrement du travail des champs et des chantiers.

 

La "meunière" provient de Giza (mastaba d'Ankhtef, surveillant des prêtres du ka et des chambres à vêtements), VIe dynastie, vers 2550 av.JC. Sur terre comme dans l'au-delà, la femme supporte une double mission: elle assure le bien-être de son époux et lui sert de compagne.

 

 

La meunerie était surtout un travail de femme.

Après avoir été moulus à la main, les grains étaient tamisés.

 

lLa "brasseuse", quant à elle, vient de la tombe de Mersouankh, fin de la 5e dynastie, vers 2350 BC. Le propriétaire de la tombe était un administrateur du chambellan royal Raour. Elle porte une perruque sur ses cheveux naturels qui sont bien visibles. Elle porte un collier. Il s'agit vraisemblablement de la femme du propriétaire des lieux qui effectue une des tâches quotidiennes.

 

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