introduction

 

Face aux phénomènes naturels, les populations primitives ne trouvaient aucune explication. De leur incompréhension est née la religion.

Les dieux étaient présents dans tous les éléments du monde: ciel, terre, champs, fleuve, désert, végétation...Les Egyptiens essayaient de comprendre le monde divin qu'ils considéraient comme responsable des phénomènes naturels, et éventuellement de se le concilier, grâce à des rites. La religion concerne tous ces échanges entre les mondes humain et divin.

L'invisible imprègne l'univers égyptien tout entier. C'est lui qui fait sortir le Nil de son lit et fertilise la région mais c'est lui aussi qui amène la mort et la désolation quand la crue est trop forte. C'est lui qui fait naître le soleil chaque matin et le fait disparaitre chaque soir. C'est lui qui amène les maladies, c'est lui qui fait naître les enfants du ventre des mères.... L'invisible est là chaque jour, à la fois très proche et angoissant.

Quand on ne comprend pas, on se crée des explications.  On s'invente un langage pour en parler. Les dieux et leurs caprices sont là pour nous parler de la nature. Les nommer, les dessiner...c'est un peu les apprivoiser.

De plus, l'acheminement inéluctable de toute créature humaine vers la mort suscite le désir et l'espoir que la vie ne se termine pas avec la disparition du corps. Le spectacle de la nature qui se régènère constamment dans la succession des saisons, la renaissance quotidienne du jour...tous les cycles naturels...n'encourage-t-il pas cette espérance?

Représenter les dieux sous forme humaine les rend accessibles.

Dès les prémices de la civilisation égyptienne, l'anthropomorphisme est présent dans la pensée religieuse.

Quelles furent les croyances de premiers habitants de la Vallée du Nil? on ne le saura probablement jamais. Pourtant de nombreuses sépultures de l'époque montrent que leurs occupants croyaient en l'au-delà: la disposition des corps, recroquevillés en position foetale comme dans l'attente d'une résurrection, mais surtout la présence d'offrandes matérielles qui suggère que la vie de l'au-delà ressemble à la vie sur terre.

On trouve également un certain nombre de statuettes féminines en ivoire dans les sépultures de l'époque amratienne. Les plus anciennes ont été trouvées à El-Badari (4000 av.JC.).

Ces figurines portent une petite fossette au-dessus de chaque fesse. On retrouvera ce même détail sur des statuettes 3000 ans plus tard. On ne sait s'il s'agit de divinités, de servantes ou de compagnes pour le défunt.

 

On retrouve aussi des images évoquant la fameuse "déesse-mère" si présente dans les pays du Proche-Orient depuis le néolithique.

Ces statuettes ont été retrouvées en nombre limité dans les tombes prédynastiques, en Egypte. On ne connaît pas exactement leur signification. Elles représentent peut-être des divinités en rapport avec la fertilité des hommes, des animaux ou des champs.

 

Pourtant, Erik Hornung met en doute qu'il s'agisse de divinités. Toutes ces figurines ne sont pas féminines, elles ne porte aucun attribut de divinité et on n'a pas connaissance d'une "déesse-mère" nue, en Egypte, datant des débuts de la période historique.
Pour Peter J. Ucko, cité par E.Hornung, ces figurines pourraient être des poupées, ou des images magiques utilisées au cours de rituels, ou des offrandes votives.

L'une des premières représentations de divinité féminine à forme humaine se trouve sur la palette du roi Narmer. Deux visages de femme mais portant les oreilles et les cornes d'une vache, encadrent le nom du roi présenté dans un serekh. Ce sont les premières images de la déesse Hathor, déesse-mère, à moins qu'il ne s'agisse de la déesse Bat qui sera vénérée dans le 7e nome de Haute-Egypte (comme le suggère E. Hornung). Cette déesse à forme de vache se trouverait déjà, trois siècles plus tôt, sur une palette à Girza.L'anthropomorphisation des divinités semble contemporaine de l'apparition des premiers rois.

Palette de Narmer  

 

Détail de l'une des têtes d'Hathor

 

Pour les Egyptiens, le monde terrestre n'est que le reflet du monde des divinités. La femme dont le rôle sur terre est très important est évidemment très bien représentée aussi dans le monde divin. Les dieux finissent par constituer une société organisée, hiérarchisée, dans laquelle chacun a un rôle bien défini, comme dans la communauté humaine.
Dans le même ordre d'idée, le modèle "familial" se retrouve chez les divinités : un dieu et une déesse formant un couple, donnent naissance à un enfant divin. Plusieurs exemples en sont célèbres:

Isis, Osiris, Horus
Sekhmet, Ptah, Nefertoum
Hathor, Horus, Ihi
Mout, Amon-Rë, Khonsou

 

Premières manifestations des divinités...notamment féminines
   

 

La population de l'Egypte préhistorique est constituée d'un grand nombre de tribus, de clans. Chaque clan possède une enseigne divine, représentant une divinité qu'il honore pour obtenir sa protection et la remercier de ses bienfaits (vache nourricière, sycomore, soleil, chacal, crocodile, serpent, lionne, hippopotame....). Lors des luttes entre ces communautés, chaque victoire était interprétée comme une victoire de la divinité sur le dieu du territoire conquis. Mais les divinités "vaincues" n'en disparaissaient pas pour autant. Bien au contraire, la divinité victorieuse assimilait les caractéristiques de la divinité vaincue. Cette grande tolérance amena un foisonnement de croyances.
Certains clans s'installent sur des territoires fixes, appelés sepet. Au début de la période dynastique, les communautés s'établissant le long du Nil, le pays s'organise en circonscriptions administratives: les nomes, comme les appelèrent ultérieurement les Grecs, qui correspondent aux sepet. A ce moment, le dieu vénéré dans la cité principale du nome devient le dieu principal de la région sans exclure, pour autant, les divinités secondaires attachées à certains villages. C'est pour cette raison que des mythes contradictoires peuvent exister car ils sont simplement les différents aspects d'une même réalité.

Un certain nombre de ces nomes, même parmi les plus importants, ont pour "patron", une déesse. Citons:

Nomes
Déesses
Saïs
Bouto
El-Kab
Eléphantine
Dendara
Neith
Outo
Nekhbet
Satet, Anoukis
Hathor

Des associations vont se créer pour regrouper les divinités principale et secondaires:
- La plus simple est calquée sur le modèle de la famille: constitution de triades comportant le dieu-père, la déesse-mère et le dieu-fils. A ce propos, Claude Traunecker fait remarquer que le dieu-enfant n'est jamais une fillette.
- La déesse associée à un dieu n'est pas forcément son épouse. Elle peut être sa parèdre, sorte de double féminin. Leurs charges peuvent être complémentaires.
- D'autres, plus complexes, constituent de véritables "compagnies divines". On connaît des couples tels Isis et Nephtys (à action convergente) ou Nekhbet et Ouadjit (opposées géographiquement). Rappelons l'association des sept déesses Hathor. Enfin, n'oublions pas l'Ennéade regroupant les dieux primordiaux de la création du monde, groupés en quatre couples dans la cosmogonie héliopolitaine (voir la rubrique "Mythes").
- Les syncrétismes dans lesquels "une divinité habite l'autre" (définition de Hans Bonnet, reprise par Erik Hornung). Un dieu ou une déesse ne se substitue pas à l'un ou à l'une mais réunissent leurs caractéristiques en une seule personnalité. Au fil de l'histoire, cette tendance s'accentue et les divinités s'assimilent entre elles au point que les diverses divinités apparaissent comme une manifestation différente d'une force unique universelle.

 

 



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